Souvenez-vous.
Rappellez-vous de ce gamin. Celui aux baskets Power Rangeurs. Celui aux chaussettes Spider-Man, au T-Shirt Pokémon et au pull Super Mario. Rappellez vous de ce gamin qui jouait aux cartes Dragon Ball sous le préau. Qui échangait ses vignettes Star Wars près de la table de ping-pong. Qui vous battait aux billes derrière le tobogan. Rappellez vous de ce gamin de qui vous vous moquiez, parfois.
Enchanté.
Rappellez vous de ce gamin qui se cachait sous les lits lorsqu'à la maternelle vous deviez faire la sieste. Qui fonçait dans les murs avec son tricycle. Et qui parfois même vous rentrait dedans. Rappellez vous de ce gamin qui vous pressait de regarder votre age dans les verres de la cantine. Rappellez vous de ce gamin de qui vous vous moquiez, parfois.
Enchanté.
Rappellez vous de ce gamin qui allait chercher vos ballons dans le bureau du directeur. De ce gamin qu'en reconnaissance vous aviez nommés chef de votre bande. Et de celui qui le suivait invariablement, la morve au nez. Rappellez vous de ce gamin de qui vous vous moquiez, parfois.
Enchanté.
Rappellez vous de ce petit garçon avec qui vous alliez au catéschisme. Celui avec qui vous partagiez la voiture du prêtre lorsque vous vous rendiez au presbytère, et avec qui vous jouiez au football avant d'aller le dimanche à la messe. Avec qui vous y chantiez faux et mangiez vos têtes brulées, en donnant l'argent de la quête à l'un de vos amis enfant de coeur qui, vous le saviez, irait s'acheter un blister de cartes Pokémon avec. Rappellez vous de ce petit garçon avec qui vous mentiez dans le confessional, Rappellez vous de ce petit garçon de qui vous vous moquiez, parfois.
Enchanté.
Rappellez vous de ce petit garçon avec qui vous alliez à l'école publique. De ce petit garçon qui mangeait sa colle. Celui que vous trouviez dégueulasse. De celui qui mangeait des verres-de-terre. Que vous trouviez pire encore. Rappellez vous de ce petit garçon qui vous avait invité un jour chez lui, et qui vous avait montré les calendriers érotiques de son oncle. De celui qui était devenu votre ami ce jour là. Rappellez vous de ce petit garçon qui récupérait vos pogs confisqués dans le bureau de la maîtresse. Et de celui à qui vous voliez souvent ses cartes Dragon Ball. Rappellez vous de ce petit garçon de qui vous vous moquiez, parfois.
Enchanté.
Rappellez vous de ce gosse avec qui vous aviez été de corvée de vaisselle trois jours durant lors de votre retraite de communion. Avec qui vous vous échappiez dans les bois alors que les curés vous criaient dessus. Ce gosse qui était tombé amoureux de la petite fille d'un ancien président et qui pour la suivre s'était engagé par erreur dans un groupe de prière. Rappellez vous de ce gosse qui avait mis le feu aux cheveux de la fille qui défilait devant vous le jour de votre communion. Rappellez vous de ce gosse de qui vous vous moquiez, parfois.
Enchanté.
Rappellez vous de ces mioches qui vous avaient abandonnés à vos cartes à jouer pour aller bruler quelques fourmies dans un bac à sable. Et de celui qui était resté avec vous. De ce mioche avec qui vous aviez construit votre première cabanne dans une de ces maisons troglodytes qui bordaient le Loir. Celui avec qui vous parcouriez les bois et avec qui vous aviez rebaptisés le moindre recoin de ce qui était devenu votre territoire. De l'endroit ou vous aviez fait fuir un chat-huant jusqu'au chemin où un loup se dessinait dans un rocher. Ce mioche avec qui vous aviez dévalisés une vieille maison abandonnés. Rappellez vous comme un rien vous emerveillait. Du tas d'ordures agonisant que vous imaginiez appartenir à un clochard en fuite. De toutes ces caves abandonnées que vous pouviez passer des heures à parcourir. Du trou que vous aviez creusés dans un mur de l'une d'elle, et de votre joie lorsque vous aviez rétablis le courant en bricolant un peu.
Rappellez vous lorsque vous vous allongiez dans l'herbe, au bord du Loir. Près du ponton. Les pieds dans l'eau. Lorsque vous parliez de votre journée. De vos cours, du dernier manga que vous aviez lus, du film qui passait ce soir-là à la télé, et de Manon, de qui vous êtiez tous deux amoureux. Lorsque vous vous moquiez des passants. Lorsque l'un deux avait fini par lui courir après jusque sur le terrain voisin.
Rappellez vous de ces vacances où vous alliez à la piscine avec vos amis. Vous detestiez ça. Eux aussi. Mais vous êtiez ensemble. Rappellez vous de la fois où Audrey s'était ouverte le crâne sur le plongeoir. De la fois où elle avait perdu son maillot, aussi. Rappellez vous lorsque vous vous amusiez à embrasser Valérie à tour de rôle. Vous le faisiez sous l'eau. Et celà ne comptait pas, puisque vous êtiez sous l'eau. Pensiez-vous. Elle ne pensait peut-être pas la même chose. Elle vous aimait peut-être plus que vous ne le pensiez.
Rappellez vous d'elle. De votre première amie. De cette fille chez qui vous alliez boire un lait fraise en rentrant de l'école. Avec qui vous jouiez à la Super Nintendo. Vous la battiez à The Legend of Zelda. Elle vous battait à Yoshi's Island. Puis vous regardiez les Minikeums à la télévision. Vous restiez des heures à revasser. À parler. À rire. Vous l'aimiez bien. Vous vous seriez bien vu passer votre vie avec elle. Souvenez-vous.
Rappellez vous de ces trousse-pets que vous connaissiez depuis plus de dix ans. De vos jeux stupides. Des cigarettes artisanales que vous fabriquiez avec du gazon. De vos courses de scooter. De vos sorties en ville. De ces soirées passées devant la télé. Un match de catch. Un animé. Un jeu vidéo. Du rock californien que vous écoutiez sur votre poste. Du skateboard qui trainait sous votre lit. Sur lequel vous n'êtiez jamais arrivé à monter. De vos carnets de correspondance bondés de mots. Des filles que vous regardiez tous du coin de l'oeil. Mais aucun d'entre vous ne l'aurait avoué.
Rappellez vous de ce merdeux qui s'était fait prendre avec une revue pornographique derrière la salle de technologie. Rappellez vous de ce binoclard qui jouait avec sa calculette en cours de mathématiques. Rappellez vous de celui d'entre vous qui avait réussi à jouer de la guitare en premier. Rappellez vous de ce grand con qui se laissait lecher les aisselles par son chat. Rappellez vous de ce gros-lard avec qui vous jouiez à la playstation en vous empiffrant de pains au chocolat. Rappellez vous de votre meilleur ami.
Je me souviens d'eux.
Rappellez-vous de ce gamin. De ce gamin aux baskets Power Rangers.
Enchanté.
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