Rocco Siffredi et moi.

Rocco Siffredi et moi.

# Posté le jeudi 22 novembre 2007 12:05

Saw et moi.

Saw et moi.

# Posté le jeudi 22 novembre 2007 12:07

Michel.

Devant l'ordinateur de Michel, Mathilde passe en revue une liste de tableaux de préraphaélites en feignant de reconnaitre chacun d'eux, alors qu'assis à coté d'elle je ne peux m'empêcher de remarquer l'étendue de sa mauvaise foi en réprimant un sourire blasé. Enfoncé au creux de son fauteuil en osier, Michel se gratte le bouc en avisant d'un oeil pensif sa bouteille de fée verte et déclame, méditatif, quelques vers de Shakespeare d'une voix hésitante.

Il me parle de Verlaine, de Baudelaire et de Rimbaud, en sortant d'une petite boite de bois trois cuillères aux manches ouvragés. Puis il verse un peu de son dangereux spiritueux dans chacun des trois verres, avant de placer aux dessus d'eux ses cuillères, sur lesquelles il pose enfin un carré de sucre blanc qu'il arrose d'un peu d'eau fraiche.

Puis il se retourne vers moi, et s'emporte en remuant à la fois ses bras et ses longs cheveux bruns qu'il ne prend plus la peine d'attacher, les joues en feu, le regard brillant de fièvre. Il discourt sur l'âme des poètes et s'enflamme sur ce tableau qui s'offre à nous, sur ces quelques gouttes d'eau sucrée qui viennent effacer l'amertume de son verre d'Absinthe. Il s'agite sur son fauteuil en osier puis s'empare avidement de son verre, avant d'en avaler rapidement une petite gorgée et de m'inviter à faire de même.
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# Posté le dimanche 30 décembre 2007 09:27

Marcel et Chloé.

Une porte claque, et Marcel s'en va. Il me sourit une dernière fois, comme un enfant, comme si passer sa carte à travers la fente de la pointeuse l'avait lavé de toutes ses heures de travail. Il ne porte déjà plus l'uniforme rouge et bleu, et ajuste sa casquette d'un coup de poignet, une casquette de marque assortie à sa veste de marque, elle même assortie à des chaussures de marques. Il me salue de la main à travers les vestiaires et disparait en un instant, un sac de marque sur le dos, une barquette de poulet à la main.

Alors que j'enfile mon jean, elle ouvre la porte et se faufile derrière mon dos, slalomant entre de vielles chaussures rouillées, quelques morceaux de poulets et les paquets de farine qui tombent encore de mes cheveux. Je me tourne vers elle, à demi-nu, interloqué, alors qu'elle commence elle aussi à se déshabiller. Elle me regarde à son tour, sans prêter attention au fait que nous soyons tous deux seuls, presque nus, dans les vestiaires du Kentucky Fries Chiken.

- Tu rentres chez toi comment, dis-moi ?

Et elle se met à parler. Elle se met à parler en s'essuyant les aisselles avec le maillot rouge qu'elle vient tout juste d'enlever. Puis elle se penche en avant et commence à défaire les lacets de ses chaussures de sécurité, toujours en me fixant.

- Euh... en bus, je pense, à moins que je ne trouve quelqu'un pour me ramener.
- Tu viens en bus aussi, parfois ?
- À chaque fois, ouais.
- Ligne huit ?
- Ouais.
- Moi aussi.

Silence. Elle se tourne et se rince le visage dans l'évier alors que j'enfile à la hâte mon maillot.

- Tout à l'heure, je lisais un livre dans le bus.

Tout en parlant elle enfile un pantalon troué, bien trop grand pour elle.

- Et je me suis rendu compte, au regard des autres...

Elle passe un blouson de cuir bardé de clous au dessus d'un maillot blanc taché de graisse.

- Que les gens ne considéraient plus comme normal de lire dans le bus.

Elle attache les lacets de ses Doc Martens en me fixant toujours droit dans les yeux.

- Non ?
- Ne m'en parle pas.
- Toi aussi ?
- J'ai l'air d'un extraterrestre lorsque je sors de la FNAC avec autre chose q'une bande dessinée.
- Ouais...

Elle se redresse, sors de la poche de son jean un paquet de Lucky Strike et m'en tend une.

- Clope ?
- Merci.
- Mon père vient me chercher, ce soir. Je te ramène ?
- Volontier.

Elle jette ses fringues sales au fond de son casier et le referme en souriant.

- Oh, j'espère que je ne t'ai pas choqué en me déshabillant devant toi ?
- Non, bien sur que non.
- Mais c'est qu'il n'y a pas beaucoup de place ici. Et avec toi, je sais bien que l'on n'risque rien.

Assis, à l'arrière d'une voiture à bout de souffle, je regarde les rues de Tours défiler par la vitre. Devant moi, une fille totalement déjantée remet ses piercings en place, et son père, avec sa tête à écouter les Ramones et les Sex Pistols, disserte sur la persécution des non-musulmans, en remuant les bras avec un petit mouvement de recul comme s'il craignait de faire tomber une bière qu'il ne tient pas dans la mains. Il parle terrorisme, apostat, viande hallal et droits de la Femme en remuant ses longs cheveux bruns, aussi sales que le siège sur lequel je me suis assis il y a quelques minutes, miné de trous de boulette et de taches de gras.

La portière s'ouvre. Face à moi, la gare et ses quelques clochards. Elle me fait la bise.

- À bientôt.

# Posté le dimanche 30 décembre 2007 09:33

Modifié le mardi 02 septembre 2008 05:03

Dave.

- David, quand est ce que tu t'en va ?
- Vous saviez que David était le troisième prénom le plus cité dans la bible ?
- Non mais arrête de me parler, j'en ai marre, parle lui à lui, me parle pas à moi, s'il te plaît.

# Posté le dimanche 30 décembre 2007 09:40

Modifié le dimanche 24 août 2008 07:21